À quelques kilomètres du centre de Ouidah, le paysage change. Les voix s’effacent, les moteurs se taisent. Ici, la rame glisse doucement sur l’eau brune, entrelacée de racines. Bienvenue dans la mangrove : un monde à part, qui, à première vue, semble impénétrable, presque sauvage. Pourtant, elle abrite un monde riche, fragile et profondément apaisant. Une plongée entre racines et silence, loin du tumulte.
Un écosystème unique à préserver
La mangrove, c’est cette forêt amphibie où les arbres poussent les pieds dans l’eau salée. Leurs racines, souvent aériennes, s’enchevêtrent et forment un sanctuaire naturel unique.

Ici, tout grouille de vie : crabes escaladant les palétuviers, poissons frôlant la surface, coquillages cachés sous la vase, oiseaux migrateurs en escale. Un équilibre subtil, où chaque espèce a sa place.
Les pêcheurs du coin le savent : sans la mangrove, plus de poissons dans les filets.
Mais la mangrove ne nourrit pas que la faune. Elle protège aussi les humains. Grâce à ses arbres, elle freine l’érosion des sols, filtre l’eau et joue le rôle de rempart naturel contre les crues. Un vrai bouclier vert.
Le saviez-vous ?
- Un palétuvier peut stocker jusqu’à 5 fois plus de CO₂ qu’un arbre de forêt tropicale.
- On recense plus de 90 espèces d’oiseaux autour des mangroves de la lagune de Ouidah. Un petit paradis pour les amateurs d’ornithologie.
- Chaque hectare de mangrove peut absorber jusqu’à 100 tonnes de sédiments par an.
Une vraie barrière naturelle contre les tempêtes et la montée des eaux.
Une balade entre racines et silence
Ceux qui ont déjà exploré la mangrove de Ouidah en pirogue le savent : c’est une expérience à part. Dès les premiers coups de rame, le silence s’installe. Le moteur reste au bord. On avance doucement, porté par l’eau et enveloppé par les branches.
La lumière y est différente. Tamisée, mouvante, presque magique. On entend le clapotis de l’eau, le cri lointain des aigrettes, le froissement des feuilles. Tout est calme, tout respire lentement.
C’est un moment suspendu, presque méditatif. Une façon unique de se reconnecter à soi-même et à l’essentiel.
Un patrimoine vivant menacé
Derrière cette beauté se cache une réalité plus discrète. Comme ailleurs, la mangrove de Ouidah est en danger : déchets plastiques, coupes illégales, constructions sauvages grignotent parfois ses rives.
Mais heureusement, certaines zones sont protégées par des croyances locales. Sacralisées par des divinités comme Zangbeto ou Tohossou, elles deviennent intouchables. Ni coupe, ni pêche, ni passage autorisé : ces espaces se régénèrent naturellement.

Depuis quelques années, des associations locales et ONG accompagnent les riverains. Programmes de reboisement, sensibilisation des jeunes … Tout cela participe à redonner vie à la mangrove.
Et les guides locaux jouent un rôle essentiel. En vous faisant découvrir ces lieux, ils vous partagent une histoire vivante, et contribuent à la faire durer.
Écouter ce que la nature murmure
Visiter la mangrove de Ouidah, ce n’est pas cocher une case sur une to-do list de voyage. C’est vivre une expérience intérieure. C’est ralentir, respirer, observer. C’est repartir avec quelque chose qu’on ne voit pas sur les photos : un calme profond, une mémoire sensorielle.
Alors si vous passez par Ouidah, accordez-vous ce moment suspendu. Partez tôt le matin, quand la brume flotte encore au-dessus de l’eau. Ou en fin d’après-midi, quand le ciel se teinte d’orange.