Derrière les cocotiers et les lagunes paisibles de la région de Ouidah se cache un trésor discret : la fabrication artisanale du sel. Ici, loin des usines modernes, ce sont des femmes et des hommes qui, depuis des générations, récoltent le sel à la main. Un savoir-faire rare, intimement lié à la nature et à la patience des gestes transmis au fil du temps.
Un sel pas comme les autres
Dans le village de Djègbadji, le sel n’est pas extrait de la mer. Il provient des eaux saumâtres des lagunes, filtrées à travers une terre naturellement salée. Ce procédé ancestral donne naissance à un sel au goût subtil, très apprécié pour sa pureté et sa touche légèrement différente des sels industriels.

Tout commence par la collecte du sable salé dans les zones de mangrove. Lavée plusieurs fois à l’eau douce, la terre libère un liquide riche en sel. Ce dernier est filtré, puis chauffé lentement dans de grandes marmites en métal jusqu’à évaporation complète. Ce qui reste : des cristaux blancs, parfois légèrement humides, produits entièrement à la main.
Un métier de patience, transmis avec fierté
Ce métier, majoritairement exercé par des femmes, se transmet souvent dès l’adolescence, de mère en fille.
Chaque étape compte : la bonne dose d’eau, l’intensité du feu, le moment exact pour arrêter la cuisson. C’est un art à part entière, qui exige rigueur, sens du détail… et une force admirable.

Le sel est ensuite vendu sur les marchés locaux, souvent en petits tas ou en sacs. Pour de nombreuses familles, cette activité représente bien plus qu’un revenu : c’est une fierté, un héritage, un lien fort avec la terre et la lagune.
Ce sel est d’ailleurs très utilisé dans la cuisine béninoise, notamment pour la conservation du poisson ou la préparation de plats traditionnels.
Un savoir-faire vivant… mais à protéger
Aujourd’hui, ce savoir-faire fait face à plusieurs défis : modernisation des modes de vie, arrivée de sel industriel moins coûteux, accès limité au bois pour la cuisson, ou encore baisse de l’intérêt des jeunes générations pour un métier exigeant.
La préservation de cet écosystème — mangrove, lagunes, terres salées — devient donc essentielle pour que cette tradition perdure.

Mais tout n’est pas figé. Des associations locales soutiennent les productrices en leur fournissant du matériel plus adapté, des formations ou en développant des projets de circuits touristiques.
Faire découvrir ce métier unique sans perturber le quotidien des femmes qui l’exercent. Le gouvernement, via des projets comme ProSel, s’implique également dans la valorisation d’un sel iodé local.
Envie d’en savoir plus ?
Découvrir le circuit du sel à Ouidah, c’est vivre une rencontre authentique. C’est comprendre comment, avec peu de moyens mais beaucoup de savoir, ces communautés perpétuent un métier à la fois humble et essentiel. L’occasion de rencontrer ces femmes passionnées, de voir leur travail de près… et pourquoi pas, de repartir avec un sachet de ce sel, fruit de la terre, de l’eau et du temps.